La FIA a fixe une date qui pourrait marquer un tournant pour le simracing de competition. Le 17 aout 2026 a 08h00 (heure de Paris), l'instance dirigeante du sport automobile cesse d'accepter les candidatures des promoteurs et organisateurs souhaitant gerer des championnats d'esports officiellement reconnus. L'appel a propositions, lance a la mi-juin, ne cherche pas seulement un organisateur de courses : il vise a batir toute la structure institutionnelle qui a toujours manque au simracing.
Ce que la FIA met reellement sur la table
Les candidats doivent presenter un projet complet de championnat, articule autour de quatre axes : le format du tournoi, la portee geographique de la serie, les sites envisages pour une finale en presentiel, et surtout une strategie commerciale viable incluant la distribution des droits medias. Ce dernier point est le plus revelateur. La FIA ne demande pas qui sait organiser des courses, mais qui saura rendre le simracing de competition economiquement autonome.
Le president Mohammed Ben Sulayem a presente l'initiative comme une nouvelle porte d'entree vers le sport automobile, en insistant sur l'accessibilite de l'esports. Du cote de la Commission Esports de la FIA, le discours est plus institutionnel : identifier des organisateurs capables de tenir les plus hauts standards d'excellence, d'integrite et d'engagement du public, dans un cadre transparent.
Un reglement et des licences existent deja
Le socle de tout ce projet est en place depuis un an et demi. Lors de sa reunion de decembre 2024 a Kigali, au Rwanda, le Conseil Mondial du Sport Automobile a approuve la creation d'un cadre reglementaire dedie a l'esports, integre comme Annexe E au Code Sportif International, avec la possibilite d'evoluer un jour vers un code independant. Pour rendre ces regles coherentes dans un univers virtuel, il a fallu redefinir des notions aussi fondamentales que la definition d'une automobile et celle d'un pilote.
En parallele, une Licence Internationale d'Esports a ete creee sous l'Annexe L. Les autorites sportives nationales peuvent desormais delivrer une licence d'esports reconnue par la FIA, deployee progressivement lors des evenements. Depuis le debut 2026, les competitions sont deja regies par ce Code Esports : commissaires, delegues, procedures de protestation et licence de concurrent. Tout l'appareil disciplinaire du sport automobile reel a ete transpose dans le virtuel.
Le Global Rally Tour, prototype grandeur nature
Pour savoir a quoi ressemblerait un championnat de simracing FIA, il suffit de regarder celui qui tourne deja. Le FIA Esports Global Rally Tour, annonce a Milan le 29 avril 2026, en donne le mode d'emploi. Fait marquant, la FIA a retenu Assetto Corsa Rally comme plateforme exclusive, un titre encore en acces anticipe sur Steam, prefere a EA Sports WRC et a DiRT Rally 2.0. Un choix qui montre que la volonte de partenariat pese davantage que la detention d'une licence officielle.
Le format enchaine une qualification en ligne mondiale, du 12 au 25 mai, avec des temps enregistres automatiquement sur un classement public, puis des phases regionales a elimination directe. Au total, 56 pilotes ont ete retenus : seize pour l'Europe et huit pour chacune des zones MENA, Amerique du Nord, Amerique du Sud, Asie-Pacifique et Afrique. Plus de 6 000 pilotes issus de 159 pays s'etaient inscrits.
Cote calendrier, la premiere phase regionale s'est tenue le 23 juin a Macao, l'etape europeenne se deroule du 16 au 18 octobre au SimRacing Expo de Francfort, et la grande finale aura lieu du 7 au 12 decembre a Shanghai, en marge des Assemblees Generales et des FIA Awards. Les deux meilleurs pilotes s'affronteront en direct sur scene le 12 decembre.



Un catalogue de disciplines, pas un evenement isole
Cette feuille de route ne part pas de rien. Elle cohabite avec des championnats deja actifs sous la banniere FIA sur des plateformes precises, comme le FIA F4 Global Esports Championship 2026 sur iRacing ou la FIA Esports European Hill Climb Cup sur RaceRoom. De quoi confirmer l'idee d'un veritable catalogue de disciplines virtuelles plutot qu'une operation ponctuelle.
Les questions encore ouvertes
- Quel simulateur, et combien ? Le precedent du rallye penche pour une plateforme unique exclusive plutot qu'une serie multi-titres.
- Que deviennent les championnats existants, deja soutenus par des constructeurs ou des editeurs ?
- Comment arbitrer une course virtuelle ? Le cadre confie la decision aux commissaires, sans preciser les preuves utilisees ni la procedure d'appel.
- Comment gerer la triche et les exploits, l'equivalent virtuel du controle technique ?
- La licence aura-t-elle une valeur en dehors du jeu, comme passerelle vers une vraie licence de course ?
Rien ne garantit que la FIA reussisse : le probleme commercial reste entier et un reglement sans competition seduisante n'est qu'un document. Mais c'est la premiere fois qu'une grande federation mondiale assemble toute la pile institutionnelle du simracing de competition, avec un reglement, une licence, une structure de commissariat, des fournisseurs officiels de materiel et la recherche d'un promoteur pour financer l'ensemble. L'echeance, c'est le 17 aout. Le plus interessant commence apres.






